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Le château Ficelien était réputé dans le monde entier. Sa salle la plus magnifique n'est autre que la salle du trône, qui s'est vue consacrée une grande part du budget de l'Etat sous le règne du Roi actuel. Ainsi, entre les fenêtres massives donnant sur les jardins luxurieux, on peut encore admirer de nos jours les chefs d'œuvre des grands peintres du monde entier qui ont consacré leur vie à peindre les bonheurs des (courtes) période de paix entre les différents royaumes . Mais, fautes de suffisamment de sujets, la plupart des tableaux de cette salle représentaient en réalité les périodes plus longues, où ces monarchies ne bénéficiaient pas de ces moments de félicités.

            Les tapisseries recouvrant les murs, réalisées avec des matières des plus fines mais néanmoins des plus isolantes, furent conçues par les artistes les plus raffinés du royaume. Il faut dire que le Roi n'avait pas tellement eu le choix, puisque ceux-ci clamaient que si le Roi « achetait » à l'étranger, il aurait provoqué leur faillite, avaient entamé une grève sauvage, et menaçait de découper en morceau toutes les tapisseries du château.

            La salle du trône était largement décorée d'objets divers du monde entier, à savoir des instruments de musiques à la forme étrange, des armes rustiques, des habits traditionnels colorés, de soie et de fils dorés, et pleins d'autres encore. Cette décoration était très représentative de la vision si particulière que possède Ficel de l'ouverture d'esprit à la culture des autres pays, à savoir : « J'attaque les autres pays, je leur fais adopter mes mœurs et je ramène des trophès  pour la déco de la maison. » Cette décoration servait de même à prévenir les chefs d'Etat en visite parlementaire au château : « Vous avez vu comme je suis puissant ? Avez-vous vraiment envie d'être mon ennemi ? »

            Mais ce qui rendait la salle du trône si célèbre, ce n'était pas toute cette splendeur, ni les colonnes dorées qu'elle arborait fièrement. Tout cela n'était là que pour tenter de masquer sa réelle réputation. Tout le monde savait ce qui avait coûté si cher. C'était la plate-forme et le trône. Le Roi était petit. Si petitement petit que les nouveaux arrivants à la cour, trop prétentieux pour faire attention à leur interlocuteur ne s'apercevaient pas que celui-ci, malgré sa petite taille n'était pas un petit garçon, qu'il ne voulait pas ne sucette, que c'était le Roi de soixante ans bientôt qui allait le jeter au cachot pour insulte à Sa Majesté si le dit prétentieux ne présentait pas ses plus plates excuses dans la seconde. Le Roi était, de plus, très complexé de ne pouvoir regarder ses sujets de haut. Ainsi, il fit construire une grande dalle de béton surélevée par rapport au sol sur la moitié de la pièce, et un trône si petit qu'il donnait l'impression  que le Roi était grand, où du moins, qu'il possédait une taille correcte. Ce qui faisait bien rire les cours du monde entier car l'architecte avait révélé le secret, architecte qui finit à l'état de cadavre grâce à l'intervention des assassins à la solde du Roi.


            Cependant, malgré l'ensemble de ces subterfuges, le Roi paraissait toujours de verticalité contrariée en comparaison de la verticalité vertigineuse de l'Aveugle Voyant qui se dressait fièrement à ses côtés, accompagné de son chien d'aveugle qui se demandaient ce qu'il allait bien se passer dans le coin, et s'il y aura quelque chose à manger.

En bas, la princesse ricanait intérieurement à cette vue. Ils étaient seuls dans la pièce.

                        Bien décidée à garder toute l'attention pour elle, la Verticalité Contrariée entama la conversation.

« _Bonjour, tout le monde est là ? »

Tout le monde regarda autour d'elle pour s'apercevoir qu'elle ne constituait qu'une seule et même personne.

« Si tout le monde c'est moi, alors oui ? »

C'est une Simone légèrement contrariée par les derniers événements de sa courte existence qui se dressait devant son père. Elle lui vouait une haine sans limite. C'était LUI qui avait choisit son prénom. Son père avait fais de nombreuses erreurs dans sa vie, mais il n'avait pas encore idée à quel point Simone pouvait détester son prénom. Elle pensait sincèrement que Simone n'était pas un nom royale, aucune Reine ni Princesse n'avait porter ce nom auparavant ! Sa mère lui avait tout avoué : il avait mis son doigt au hasard sur un calendrier et prit le nom sous le dit doigt. Elle avait faillit s'appeler Gontran ! Elle allait lui faire regretter son geste.

            C'est à ce moment précis qu'apparut un couple pour le moins énervé. Leur teint pâle contrastait avec la saleté de leurs vêtements. L'habit noir du mage blanc était devenu marron, et l'habit blanc de la mage noir avait depuis longtemps tourné au gris. Leurs cheveux ressemblaient à de la vieille paille mouillée par un orage. Des cernes achevaient leurs yeux ayant depuis longtemps déclaré forfaits. Ils étaient courbés, se soutenaient mutuellement à l'aide de leurs bâtons de mages, et semblaient perdus depuis moult jours et nuits. Leurs voix traduisaient un usage intense de leurs cordes vocales exténuées lors de violentes disputes.

« _Dis mon Zaza, tu crois qu'on est arrivé ? Dis-moi qu'on est arrivé ! DIS LE MOI ! Je n'en peux plus.

_Heu…écoutes ma Péné, je vais demander au petit barbu sur l'estrade. Toi, tu restes là et tu te reposes d'accord ? »

Les réactions des spectateurs de cette scène étaient très diverses. A la surprise générale, se succéda la curiosité lors de l'annonce de leurs surnoms respectifs, et s'acheva enfin avec la rage rouge du Roi lorsqu'il entendit « petit barbu sur l'estrade. » Il en était vert. La princesse et l'Aveugle, en revanche, étaient pliés de rire, Simone ravie de voir son père tourné en ridicule, et l'Aveugle bien heureux de rire de temps en temps. Quant au chien, sa préoccupation majeure de l'instant constituait à essayer de deviner si les deux nouveaux arrivants était mangeable ou s'ils avaient de la nourriture sur eux.

            « Zaza » alla donc se renseigner auprès du dit « petit barbu sur l'estrade », qui, étrangement, ne semblait pas content du tout.

« _Excusez-moi…on est bien dans le château de Ficel ici ? 

_Oui, et le « petit barbu sur l'estrade », on l'appel Messires le Roi, ou alors on ne s'étonne pas de finir aux cachots ! Et je vous informe au passage que vous vous trouvez actuellement dans la salle du trône. Puis-je connaître vos noms ? Je doute sincèrement que « Mon zaza » et « Ma Péné » sois vos noms réels ! »

Simone marmonna : « Parce qu'il s'y connaît en nom peut-être ? ». Son air de rage aurait fais fuir le plus courageux des lions. Elle allait mordre le premier à lui adresser la parole.

Le Roi marmonna « Je t'en ficherai moi, des « petits barbus sur l'estrade."

L'Aveugle voyant semblait ailleurs. Il réfléchissait à la mise en scène de son intervention. En revanche, son chien marmonna « Bon c'n'est pas tout ça, mais j'ai faim moi ! Si on ne me donne pas à manger dans cinq minutes, je vais mordre le petit barbu, moi ! La fille me fait peur… »

De son côté, le mage blanc déjà pâle vira encore plus blême en entendant le mot « cachots », et bredouilla :

« _Je me nomme Azraël, mage blanc, votre Grandissime Seigneurie !

_Quant à moi, je suis Pénélope, mage noire, votre très, très Haute Majesté. », acheva la dite mage noir.

Bien, pensa le Roi, il n'en manque plus qu'un et ma troupe de bras cassés sera finalement complète. Je me demande ce que fiche cette andouille ! J'ai hâte d'en finir, ma fille n'a pas l'air contente, on dirait qu'elle va mordre ! J'espère qu'elle ne m'en veut pas, on viens juste de réparer le trône.

« _On est tout le monde maintenant ?  » A défauts de mordre avec les dents, Simone prit le parti de mordre avec les mots. Elle faisait tout son possible pour pousser son père à bouts, et visiblement, cela marchait plutôt bien.

« Non…il manque…encore…une personne. »Il avait tourné rouge violacé.

Un homme entra dans la salle. Il était néanmoins difficile de le qualifier d'humain. En réalité, il était difficile de le qualifier tout court ! La créature qui se dressait fièrement dans l'encadrement de la porte était en effet trop massive pour être humaine, trop petite pour être barbare mais trop grande pour être naine. La seule définition possible était un humanoïde très massif et visiblement de genre masculin. Il possédait une courte barbe et le visage fermé à double tour. Mais ce qui surpris le plus le Roi, c'est la tenue de cet humanoïde. Il n'aurait jamais pensé qu'un chevalier pouvait s'habiller d'un pagne noir, qui se révélait malgré tout particulièrement seyant. L'épée qu'il portait à la hanche était abîmée, mais, grâce aux traces rouges qu'elle arborait, l'observateur attentif pouvait aisément deviner qu'elle était toujours en état de marche, et qu'il valait mieux déguerpir au plus vite avant de dire une bêtise.

Le monarque semblait quelque peu déconcerté. Pour lui, Gontran le diplomate était sensé être un rien plus humain, plus petit, moins massif, châtain, en armure minable et avec une épée du même métal, et surtout, exécrable au combat. Or, la personne présente devant lui donnait plutôt envie de s'excuser lorsqu'elle vous heurtais. Mais surtout, il lui manquait les lunettes. Ce chevalier était célèbre dans ce royaume pour ces lunettes, leur absence chiffonnait le chef d'état. Bah, se dit-il, il les aura sûrement cassées.

« _Puisque tout le monde est finalement arrivé, nous pouvons commencer. Je cède donc la parole à L'Aveu…

_Hem, hem !

_Je disais donc, je cède la parole au Grand Oracle Divin de la Cour Royale Atteint de Cécité Malheureuse.

_Mais Néanmoins Efficace. Merci. »

Il y eu un silence pesant. L'Aveu…heu…L'Oracle avait levé ses mains au ciel, prenant son temps et savourant l'effet produit. Il avait rêvé de cet instant toute sa vie. L'instant où tous les occupants d'une salle sont suspendus à ses lèvres, attendant fébrilement la suite, ou en l'occurrence, le début. Il attendait patiemment depuis cent cinquante ans son heure. Le gong avait enfin retenti. Ce silence dura une bonne demi-minute. Il prit alors son inspiration, le suspens atteignit son apogée, lorsque le Roi hurla d'un cri légèrement féminin, le suspens en tomba de surprise, touchant durement le sol. Le chien, affamé, avait mordu le souverain, et grâce à l'aide généreuse de ce dernier, l'animal effectua un magnifique vol plané à travers la pièce. L'atterrissage, en revanche fut digne des plus beaux crashs aériens. L'Oracle, légèrement contrarié de voir son effet brisé par cette sale bête qu'il ne nourrissait que pour éviter de se cogner constamment contre les réverbères, essaya tant bien que mal de regagner l'attention générale, et releva les bras.

« Hem, hem ! Comme je disais…

_Mais vous n'avez rien dit !

_C'est vrai, vous avez seulement levé les bras !

_Groophm !

_C'est une formule ! Vous allez me laisser parler, oui ? Vous n'avez aucun respect pour les vieillards ?

_Bon, bon, faut pas s'énerver. Allez-y. »

Tout à coup, le vieil homme se sentit las, très las. Il essaya de se motiver de nouveau pour ajouter l'aspect nécessaire à une telle situation, mais le cœur n'y était plus. Après tout, leur chance de réussite était très faible, il faudrait donc refaire la scène, il s 'arrangerai d'ici là.

« _Donc, il y a neuf cent cinquante ans aujourd'hui, un groupe de fiers combattants, possédant l'œil du chien, l'esprit du lion, et la vitesse du paresseux, sauvèrent courageusement Bilb de la Grande Apocalypse. Sur leurs fougueux destriers ils parcourent le monde entier, parcoururent miles dangers, combattirent férocement leurs ennemis suicidaires. Et en récompense de leurs exploits, ils trouvèrent les Piles ! Les Piles sont, comme vous le savez, ces artefacts divins qui permettent à notre soleil, Lamp-Tröch, de briller de miles feux. Mais aujourd'hui, la magie de ces puissants artefacts va bientôt s'épuiser. Votre mission si vous l'accepter, était d'éviter la prochaine Grande Apocalypse ! »

L'enthousiasme général attendu fut promptement remplacé par un nouveau silence qui n'était pas au programme initial. L'assemblé se révéla au contraire pour le moins sceptique. Azraël, encouragé par sa chère et tendre, osa le premier formuler la remarque que tout le monde se faisait à voix basse.

« _Mais…ce n'est pas une quête qu'il faut réaliser tous les miles ans ?

_Précisément, pourquoi ?

_Et la dernière fois, c'était il y a précisément neuf cent cinquante ans, c'est bien ça ?

_Effectivement.

_Donc, la prochaine apocalypse, c'est dans cinquante ans, j'ai bon ?

_Exactement. »

Le silence revient au galop, visita les environs, pris quelques photos, puis repartit, chassé part Simone.

« _Remarquez, au moins, ça nous laisse une marge d'erreur. »

Aidée par Pénélope

« Et puis, on pourra prendre notre temps, visiter le pays, sans se presser, s'acheter des souvenirs, tout ça… »

qu'accompagnait son mari

« _Et puis, dans le cas où on risquerait de mourir, on pourrait toujours fuir et d'autres prendrai le relais… »

Puis fut enfin définitivement achevé par le supposé chevalier. 

« _Groophm ! »

Cette dernière remarque ne fut pas relevée. La troupe des futurs courageux aventuriers avait décidé d'éviter la prochaine Grande Apocalypse. Les motivations étaient loin d'être très nobles, Simone voulait échapper à toute tentative de mariage forcé pendant quelques temps, Azraël et Pénélope n'avait pas de projets pour les prochaines années, et le chevalier avait quelques raisons pour l'instant inconnues.  Pendant ce temps, l'enthousiasme n'arrivait toujours pas à son rendez-vous, le silence lui ayant piqué sa monture. Les Héros du Millénaire sortirent de la salle, fièrement pour certains, à grands renforts de leur bâtons pour les deux autres.

            Mais une chose se dressa soudain en travers de leur chemin. Une chose humide même. Et légèrement malodorante. Un homme en armure minable et rouillée, aux cheveux châtain et portant des lunettes entra péniblement dans la salle.

« _Bonjour, je suis Gontran. Vous m'avez convié de venir dans votre château. J'ai manqué quelque chose d'important ? »



19/01/2006
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