les 2 mages

Un homme et une femme étaient immobilisés au carrefour d'un sentier. Un observateur un rien connaisseur découvrait facilement leur identité. Leur air fier, leur cape, leurs bijoux fantaisies et voyants ; tout cela faisait d'eux une représentation fidèle des mages. En revanche, ce connaisseur qui se croit plus intelligent que tout le monde se serait trompé concernant  le domaine de prédilection de chacun d'eux. Il aurait pris la mage noire pour une mage blanche, et vice versa. Celle ci, blonde et jolie de son état, préférait s'habillait en blanc, plus seyant. Le mage blanc, brun, préférait s'habiller en noir, qu'il trouvait plus élégant . L'observateur non connaisseur, lui, ne cherchait pas à prouver qu'il est cultivé et les reconnaissait en tant que mages, grâce au immenses bâtons magiques qu'ils transportaient. Et toute personne ayant atteint la majorité reconnaissait en eux le jeune couple récemment marié : ils se disputaient. Comme souvent.

« Mais puis-ce que je te dis que c'est à droite !

_Ha, ne te fiches pas de moi, je sais parfaitement que c'est à gauche ! » 

Le spectacle attirait quelques badauds qui passaient par-là, et qui n'avaient rien de mieux à faire de leur journée. Les scènes de ménages sont toujours plus drôles quand il ne s'agit pas de sa propre poussière. Et cette scène là était bien partie pour entrer dans les annales.

« _De toutes façons, tu t'es toujours trompée de chemin !

_Ce qui veut dire ?

_Choisir la magie noire à la fac de magie, non mais on n'a pas idée ! Les forces occultes ont largement dépassées la date limite de consommation !

_Parce que tu te crois malin peut-être ? Et gnagnagna, il faut éradiquer les forces du mal, et gnagnagna c'est pas bien, et la nature et patati et patata… Alors que, qui c'est qui fui toujours le premier lorsqu'il s'agit de se battre ? Et j'en passes, et certainement  pas des meilleurs !

_Ha ouais ?

_Ouais !

_Ha ouais ?

_Ouais !

_Ha, bon. » La femme marqua une brève pause étonnée, mais se reprit peu de temps après.

«_De toutes façons, j'aurai jamais dû t'épouser. » La vapeur sembla soudain s'échapper des oreilles de l'homme, ce que les badauds prirent pour un tour de magie. Ce qui n'était en fait dû qu'à l'émotivité accompagnée de sudations intempestives de ce brave homme. Toutes fois, il se contrôla.

«_ C'est vrai,- vapeur qui sort par les oreilles- tu n'aurais pas dû.

_Ha bon ? On peut savoir pourquoi ?

_Parce que je regrette aussi..

_Ha ouais ?

_Ouais.

_Ha ouais ?

_Ouais !

_Ha, bon. »

Le couple marqua de nouveau une pause, puis balbutia en cœur, l'air gêné et légèrement rouge. L'homme entama (parce qu'il ne faut pas oublier que, pour cette fois, ce fût lui qui entraîna la dispute) :

« _Je suis désolé, je ne sais pas ce qui m'a prit…

_Moi aussi, je suis désolée.

_On y va ?

_On y va.

_C'est parti ! Prenons le chemin de gauche.

_Non c'est celui de droite !

-A gauche !

_A droite !

_Mais ça ne va pas recommencer ?! »

Un des badauds, qui lui commençait à en avoir marres de ces deux mages qui étaient en train de se disputer juste devant son étable, et qui commençait à craindre un quelconque affrontement magique pouvant atteindre ses pauvres bêtes, s'immisça dans la querelle en leur demandant s'ils allaient au château de Ficel. Face à tant de bonté, la seul réponse qu'il reçut fût un « OUI ! » agressif et unanime de la part du jeune couple. Ne se laissant pas démonter et bien décidé à les faire « dégager de mon étable crévindieux, ils vont me faire tourner mon lait », il leur indiqua le chemin.

« _C'est derrière vous. »




19/01/2006
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